« 14 décembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 239-240], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10186, page consultée le 05 mai 2026.
14 décembre [1836], mercredi midi
Eh ! bien c’est très joli, vous ne venez plus du tout à présent. C’est plus tôt fait.
Vous êtes bien heureux que je vous aime comme je le fais pour que ces choses là ne
me
fassent pas d’autre impression que de m’attrister beaucoup et souhaiter vous voir
le
plus tôt possible.
Mon bon petit homme chéri, je ne t’en veux pas, je pense que
tu as travaillé hier au soir et que c’est ce qui t’aura empêché de venir embrasser
ta
pauvre Juju. Une bonne nouvelle c’est que je me suis endormie cette nuit environ à
1 h. du matin. C’est un peu bien de ma part. Je n’ai pas pris
de bain ce matin, vu l’impossibilité d’avoir les gens du bain lorsqu’ils passent.
Tâchez donc, mon cher petit homme, d’avoir votre veste aujourd’hui, sans cela on ne pourra pas la faire cette
semaine. Et puis vous savez que j’ai le plus grand intérêt
à voir [V ?] [N ?]. Prêtez-vous donc un peu à cela, je vous en serais
très reconnaissante et je vous n’aimerai1 bien pour cela, quoique je vous aime déjà de toute mon âme, de
toutes mes forces et de tout mon cœur.
En attentant que je vous baise en NATURE,
je vous baise en souvenir.
Juliette
1 La négation comique est volontaire.
« 14 décembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 241-242], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10186, page consultée le 05 mai 2026.
14 décembre [1836], mercredi soir, 6 h. ½
Mon cher petit homme chéri, je vous n’aime1 encore, tout plein et puis
davantage. Je suis une affreuse patraque, c’est pourquoi que j’avais l’air si bête
tout à l’heure, j’avais si mal à la tête et j’y ai si mal encore à présent que
vraiment c’est bien gentil et bien tendre à moi de trouver la force de vous écrire
quatre mots d’amour. Mais vous-même, mon toto, vous paraissiez très préoccupé et
presque mouzon. Qu’aviez-vous ? Vous ne pouvez dire que vous souffrez, vous avec votre santé
existante. Aussi je ne m’explique pas les petites froideurs que vous avez souvent
avec
moi.
Si les apparences étaient vraies, vous auriez dix mille fois tort, mon Toto
bien aimé. Car vous seriez ingrat pour la femme qui vous aime le plus au monde, toute comparaison faite.Je vous aime mon Toto, je vous adore,
je vous respecte, je vous vénère et je vous admire de toute mon intelligence. Vous
voyez donc bien que vous n’avez [pas] le plus petit droit d’être
indifférent pour moi.
Comme vous êtes de fête demain
toute la journée, vous seriez juste et bon et charmant de me
donner cette soirée. Mais je n’ose pas y compter. Vous avez paru me quitter pour toute
la soirée. C’est bien triste pour moi, surtout en pensant à demain.
Je vous
aime.
Juliette
1 Négation comique volontaire.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
